J'ai écrit ce texte-poème à la fin de l'année 2005, suite au décès d'un jeune homme, mort de froid dans sa voiture sur un parking . Ici, en France, par une nuit glaciale de novembre.

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Déchirez-moi ces fleuves

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Déchirez-moi ces fleuves
Balafrez ces aurores de rose poudrées
Que le sang y ruisselle en chemins de remords.

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Sur le parking désert, quelques halos blafards,
Et dans une voiture, un jeune homme qui dort.

Le ciel tendu comme une soie
Les étangs nacrés
Derniers reflets du soir
S'éteignent un à un.
Une rumeur ténue
Longe le silence.

La Camarde s'aiguise au sommeil des mésanges

C'est un jeune homme blond, ou brun, ou roux peur-être,
Tranquille ou batailleur, on n'en sait pas grand chose.

Les nuées glissent immobiles
Osent un bleu de neige
Sur le sombre manteau
Une écume en suspens.
Au repli du velours
Quelque chose a frémi. 

La Camarde à l'affût siffle au vol des comètes

Sous sa nuque un blouson, pas de"frais cresson bleu",
Il a blotti ses doigts dans ses manches de laine.

Le noir se fait plus noir
Les ombres se resserrent.
L'obscur glacé se tait
On entend comme un souffle.

La Camarde affamée engouffre l'or des nuits

Dans sa poche, une clef orpheline de porte,
Un jeton de café, la photo d'une fille.

Un frisson sous le vent
Alanguit les ténèbres
L'aube risque un oeil pâle.

La Camarde repue vomit sur les étoiles

A l'arrière son bleu, bien plié pour demain,
Sur sa caisse à outils, la feuille de chantier.

Arrachez leur dentelle aux givres du matin
Qu'on voie le ciel poisseux
Ses guenilles de brume errant comme démentes
Au bord sanglant du jour les oiseaux égorgés.

Il est mort, le garçon. Celui du parking.
Il est mort cette nuit.
De froid.

Déchirez-moi ces fleuves

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Texte : Nijenn Bluemoon