23 mai 2006
...la langue bleue du ciel
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Que n'osent-ils goûter la langue bleue du ciel ?
La bouche en coeur à chatouiller des clairs de lune,
A siroter le lait des aubes, gare, gare :
Des sphynx tête de mort sont issus de l'écume
De leurs regards,
La nuit portée sur les épaules de leurs ombres
Aux bovins fadeurs, dont les pas sont des âges
(Serpents, sonnez le vide à leurs gestent qui sombrent),
Aux branchages séchés ressemblent les sauvages,
Seuls, qui dans la détresse des vents se décrassent
Et dans les fumants sacrilèges débandés
(Serpents, sonnez le vide !) et sous leurs carapaces,
Les morts, méditatifs comme des scarabées,
Que n'osent-ils goûter la langue bleue du ciel !
Olivier Larronde - 1946
Les barricades mystérieuses
Recueil réédité en 1990 par les Ed L'Arbalète
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Photo : Nesjerry - Titre : "Woodhenge"
Source et Galerie du photographe : cliquer >>> ici
13 mars 2006
Ombre parmi les ombres

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J'ai rêvé tellement fort de toi
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.
Robert DESNOS (tout dernier poème)
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Photos : Emrah Icten - Source et Galerie du photographe >>> ici
20 janvier 2006
Du beau rêve forgé
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LE BEL OUVRAGE
Du rêve à peine sorti de la forge.
Du beau rêve forgé.
Et le vent emporté par les ailes de la nuit
raconte à qui veut l'entendre
le récit de la mer qui s'est frottée au silence…
Du rêve à peine sorti de la forge.
Du beau rêve forgé.
Et le verre pris dans les rafles de l'eau
rappelle à l'envi quel fleuve trop long
lui a ravi le souffle et la soif…
Du rêve à peine sorti de la forge.
Du beau rêve forgé.
Et la lune qui roule dans les couloirs de l'asile
parmi les œufs et les pelages dorés
souffle un poème au miroir…
Du rêve à peine sorti de la forge.
Du beau rêve forgé.
Et la table du temps jetée aux oubliettes
inventorie tous les repas de sable
pris autour d'un éclat de vague…
Du rêve à peine sorti de la forge.
Du beau rêve forgé
qu'un dormeur sur le point de s'éveiller
rend au mystère de l'informulé.
Eric ALLARD ©
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Texte : Eric Allard ©
Photos : Olaf Bathke - Travelling alone / MBK - Luminaria close up - Contrat Creative Commons
20 décembre 2005
Le paon noir de la nuit
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Tremblantes les minutes brillent au bout des branches
Le paon noir de la nuit plein d'orgueil fait la roue
Les étoiles tournent et regardent
L'heure qui pousse son troupeau
Mais on cherche ceux qui les gardent
Et d'où vient ce bruit de grelots
Tout passe devant la fenêtre
Les ombres des vivants qui se sont arrêtées
Quand le soir descend sur les feuilles
Comme un presse-papier
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Mais les autres marchent toujours
Dans le silence plus épais
Aucune lumière ne perce
Un homme s'est perdu
Le chemin de traverse
ne mène nulle part
Là ce n'est qu'un trou noir
A travers la barrière une tête qui rit
Et c'est dans la poussière que s'est éteint le bruit
Nuage
Clair-obscur
Cesse de respirer
Pierre Reverdy
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Photos : Kabun -"Réincarnation"- Licence creative commons
Texte : Pierre Reverdy - Extrait de Un tas de gens - Sources du vent - Ed gallimard/poésie
08 décembre 2005
La nuit des menhirs
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Mais c'est bon pour les rocs
D'être seuls et fermés
Sur leur travail de nuit.
Et peut-ête qu'ils savent
Vaincre tout seuls leur fièvre
Et résister tout seuls.
Guillevic
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Photos : Iguana Jo -- Licence creative commons
Texte : Guillevic - Terraqué - Ed Gallimard poésie
23 novembre 2005
So far away
Photo Tobias Zeising
NAUFRAGE
La nuit dans le métal
Et la peau de la mare
qui frissonne au signal du ciel
plié au coin
ou du vent
qui s'égare
Tout au long de l'écueil
et des racines sombres
les pierres et les mains
qui se serrent dans l'ombre
Là le recueil de pluie
Et des trous à leur nombre
On reconnaît ce front
au timbre matinal
A la lueur des arbres
Et tous les bruits du soir
qui s'étouffent au marbre
du parapet d'air noir
Au sommier de la vague
Au creux du bras plié
Une pensée qui sonne
Un cri trop répété
Entre l'abîme ouvert
Du cercle relevé
Pierre REVERDY - Sources du vent - Editions Gallimard
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Source photo et Galerie de Tobias Zeising >>> ici
21 novembre 2005
Nuit Rhénane
NUIT RHENANE
Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds
Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées
Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire
Guillaume Apollinaire
Van Gogh La nuit étoilée
10 novembre 2005
La lune s'attristait
La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gaté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.
Stéphane Mallarmé
Photo Wael Hamdan - Source et galerie >>> ici












